figuren theater tübingen

salto.lamento

Frères humains, entrez dans la danse! Une danse macabre, belle, hypnotique et légère. Facétieuse,
parfois. Mardi soir sur le plateau sombre de Beau-Site, la Mort est apparue, élégante dans ses voiles
blancs, son grand sourire carnassier dissimulé sous la capeline vaporeuse. Et elle a dansé, la Mort, avec
un homme en chair et en os. Sur le visage de Frank Sœhnle, marionnettiste virtuose, ont passé parfois
des expressions aussi inquiétantes, troublant mimétisme, que le visage des créatures qui hantent

«Salto lamento»... Des créatures qu'il manipule, prolonge, auxquelles il prête son propre corps.Et ces
créatures ont dansé elles aussi, elles se sont déployées en gestes lents et amples. Elles ont rampé, sautillé,
volé, ondulé avec sensualité dans un royaume sans mots, lieu des métamorphoses et des lévitations
poétiques. Elles ont surgi d'un tiroir ou sur une petite chaise grise, elles ont émergé d'un tas de papiers
calcinés, sont nées de la cendre et ont disparu dans des caisses remplies de feuilles rousses.
Moments de grâce et moments piqués d'humour; moment très fort, comme une poignante mise à mort,
quand le manipulateur décroche les fils de sa marionnette désarticulée...

«La mort nous emporte et nous plonge dans le silence», a soufflé Rilke au Figuren Theater de Tübingen.
Pour évoquer les mystères déjà lovés dans la peau des hommes avant qu'ils disparaissent, la compagnie a
composé son propre poème. Un poème visuel, qui s'écrit avec du papier, des bulles de lumière, des
masques et des créatures hybrides, que l'on dirait sorties d'un bestiaire fabuleux. Un poème visuel
habillé de notes jouées sur scène par deux musiciens, partenaires à part entière du jeu.
Notes râpeuses ou veloutées du saxophone, de la clarinette, de la contrebasse, pour rythmer
le bal étrange de ces solitaires qui parfois se frôlent ou se jettent des regards interloqués.
C'est beau et cruel, à l'image de notre trajectoire vers l'humus, ou les étoiles.
l'express, Neuchatel, 08/11/2007

“Magique”, “Indiscriptible”, “incroyable”: les spectateurs rivalisent de superlatifs pour qualifier
l'experience unique qu'ils viennent de vivre. Mais la reaction la repandue est encore la
stupefaction pure et simple. Perdu dans un univers etrange, peuple des personnages
enigmatiques et  declicieusement sombres, on ne peut que rester meduse  par la
maitrise et la fantasie de ce trio de marionettistes,  musiciens ... et sans doute
aussi un peu magiciens.
Bulletin, marionettissimo, Tournefeuille 11/2007